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exposition

Céline Cléron : La dénature

Du 20 novembre au 24 décembre 2010.
Entrée libre tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 19h.

Galerie des écoles d'arts de Poitiers.
26 rue Jean-Alexandre.
86000 POITIERS

05 49 88 96 53.

Photo in situ

 

Commissaire d'exposition : Nadia Sabourin

Site internet de l'artiste : http://www.celinecleron.com/

Télécharger le communiqué de presse (PDF)

 

Le dictionnaire Littré donne du mot « nature » diverses définitions, dont la suivante : « un certain ordre établi dans l’univers, ou système des lois qui président à l’existence des choses et à la succession des êtres ». Or, Céline Cléron bouscule cet ordre, déjoue ou au contraire rappelle avec force détournements les lois de la nature.
+ l’infini procède d’une analogie de formes. L’assemblage d’instruments de mesure, règle et compas d’écolier, dessine le hiéroglyphe djet, « éternité ». Cette référence à une écriture pictographique demeurée longtemps mystérieuse est révélatrice de la manière dont Céline Cléron travaille : elle s’attelle à déchiffrer, à voir dans les images d’autres images. L’éternité signifiée par ce hiéroglyphe est celle, pensée comme linéaire, de la nuit. Or, la métaphore file car l’image d’un serpent est aussi un des éléments de ce signe, qui surplombe une demi-lune et l’horizon de la terre : si le serpent désigne dans l’Egypte ancienne la mesure du temps, il imprime ses courbes à une règle graduée qui perd ainsi sa rigide linéarité. Rien n’est droit dans la nature. Si ce n’est ce qui a été forgé par l’esprit et la main de l’homme. L’œuvre créée par Céline Cléron se compose d’entrechoquements, à même de résoudre le conflit entre nature et culture. L’artiste convoque également des procédés de l’humour imagé, en particulier l’anthropomorphisation et un jeu sur les échelles. Dans l’œuvre Nature permanente, un saule pleureur subit une véritable mise en plis, gagne tout au moins quelque ressort grâce à de gigantesques bigoudis, tandis que des ânes se voient anoblis de plumeaux de quelque garde royale, en réalité plumeaux à dépoussiérer. L’objet utilitaire se transforme, se déleste de sa fonction initiale, il est littéralement dénaturé. Une dimension ludique très forte infléchit l’œuvre : le jeu peut être un motif (corde à sauter), un processus de création (gonfler puis percer un ballon de baudruche), enfin un état d’esprit qui souffle, symboliquement, de cette bulle s’échappant miraculeusement de la clef d’un meuble (fabula). Mais le jeu n’est jamais une fin en soi. Simplement, il partage avec l’art un pouvoir de projection, au principe de l’analogie, consistant à voir dans l’objet d’autres possibilités, à le vider de son contenu pour réinvestir sa coquille de nouveaux sens. Désireuse d’embrasser « tout l’univers », Céline Cléron puise dans des images de dictionnaires, prompts à révéler des rapprochements inattendus, de la polysémie du mot « ruche » à la juxtaposition des temporalités et des espaces. Ce heurt des éléments se répercute dans les formes, telle cette cocotte qui vient, sans effraction, se substituer à la cornette d’une religieuse (Construction #1). Derrière cela : à la fois une économie du geste – plier, souffler –, et une véritable petite industrie, sous l’aspect de l’ouvrage artisanal. Apiculteur, taxidermiste, costumière ou céramiste sont sollicités, tandis que les instruments chers à la couturière apparaissent comme les symboles mêmes des manipulations opérées par l’artiste (No Spring till now, Travestis). Dentellière d’un imaginaire déformant, Céline Cléron découd le tissu serré des habitudes visuelles. Des motifs se détachent, apparaissent parfois en négatif, ceux qui montrent l’action de l’homme sur la nature. Coquillage criblé de cercles réguliers, Le Silence des sirènes est de cette dimension-là. Mais, si elle se fait anthropologue des pratiques, Céline Cléron enquête surtout sur le terrain de l’enfance. Or, à l’école buissonnière, la chèvre lèche le loup, tandis que le ballon de baudruche dégonflé laisse entrevoir un monde en miniature. Jouer, c’est « mettre le monde à sa taille » (Aragon). Le modelage des matériaux, des signes et des formes est la métaphore d’une reconfiguration du monde. Poète facétieuse, Céline Cléron prononce une leçon de choses et invite à une traversée dans un « pays des merveilles », là où tout est, précisément, démesuré et mis à l’envers. Dénaturer, c’est montrer l’envers des choses aussi bien que la trace de la main de l’homme, du métier précisément. La substance parfumée du miel vient ainsi se lover dans les linéaments plissés d’un ornement de corsage porté par La Régente. La rencontre incongrue chère à Maldoror, c’est aussi cela la dénature.
                                                                      

Danielle Orhan, novembre 2010

Cette exposition a la particularité de se dérouler à l’Ecole où l’artiste a obtenu son DNAP en 1998 avant de poursuivre son cursus à l’Ecole des Beaux-Arts d’Angers (DNSEP, 2000).

 

Née en 1976 à Poitiers, Céline Cléron vit et travaille à Paris.


Elle expose dès 2002 dans des expositions collectives Première vue, au Passage de Retz, Jeune Création à la Grande Halle de La Villette, Paris. En 2005, elle participe à l’exposition Serendipity ou la productivité du hasard à la galerie Frédéric Giroux et Console, Paris ; en 2006, à Zoo, la Centrale Electrique, Bruxelles, et à Bêtes de Style, au Musée de design et d’arts appliqués contemporains de Lausanne en 2007. On a pu voir son travail en 2008 dans l’exposition Dessins, Collection Florence et Daniel Guerlain, services culturels de l'Ambassade de France, New York, dans l'exposition D' Après Nature, au Musée des Beaux-Arts de Dunkerque, à la galerie HO, Marseille, ou encore au Musée du Capitole à Rome dans La Conquista della Modernita organisée par la Manufacture Nationale de Sèvres.
Sa première exposition personnelle se tient en 2004 à la Halle de Pont-en-Royans et la même année à la Galerie Premier Regard, à Paris. D’autres expositions personnelles sont ensuite organisées à la Galerie Bortier, Bruxelles, en 2006, à la galerie LJ, Paris, en 2009.

Expositions en 2010
- Carnets d’inspiration+, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, exposition et vente aux enchères d'œuvres réalisées à partir de carnets Moleskine. (déc.)
- Merci de ne pas faire la chambre, Le Général HOTEL, Paris 11e (avec Guillaume Constantin, Manon Tricoire et Vincent Mauger), association Dernier Avertissement (déc.)
- Bee Natural ! Maison Guerlain, Paris (oct-nov)
- + si Affinité 2010 : Fantasmagoria, le monde mythique, AFIAC, Fiac, Tarn (juin)
- L’art selon elles, Espace Culturel les Dominicaines, Pont-Levêque
(Carole Benzaken, Virginie Barré, Louise Bourgeois, Sophie Calle..) (juin)
- 10% de Sèvres, Galerie de la Cité de la céramique, Paris(juin-juillet)
- Sèvres aujourd'hui, Créations contemporaines au Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg, dans le cadre des Années croisées France-  Russie, Russie (juin-septembre)

 


la régente
La Régente, 2005-2006
Tissu, cire d'abeille et miel, tubes acryliques, bois, verre
35 x 54 x 45 cm environ
installée avec vitrine: 158 x 70 x 60 cm
Collection Florence et Daniel Guerlain, Les Mesnuls
 

construction #1


Construction #1, 2009
Photographie couleur contrecollée sur aluminium
60 x 90 cm
Edition de 3

     
bulle
Fabula, 2010
Verre
25  x 40 x 27 cm
nature permanente
Nature permanente,  juin 2010
Photographie couleur
177 x 100 cm
d'après une installation in situ dans un saule pleureur, Viterbe (81)
ensemble de 17 « bigoudis », technique mixte 
Chaque élément « bigoudi » : 120 cm de long x 35 cm de diamètre environ
Réalisé dans le cadre de l'exposition "Fantasmagoria, le monde mythique", juin 2010
en partenariat avec les Abattoirs de Toulouse et AFIAC, Fiac, Tarn

 

Quelques photos de l'exposition "in situ" (Photos F. D.)

 

 
     
 
     
 
     
 
     

 

 
 

 



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